On y était !
Ça avait plutôt bien commencé. Quand on avait voulu organiser cet événement, la journée de la nature et du patrimoine, les gens avaient répondu favorablement. Et des gens de qualité en plus. D’abord Agnès pour l’affiche. Une bien belle affiche. Et puis, Cédric pour la balade patrimoine et Françoise pour la balade nature, c’est déjà mettre la barre bien haut. Cécile ou Clémence pour les ateliers, c’était plus que pas mal aussi. Et l’animatrice dans le potager collectif, c’était l’assurance de compétences intéressantes à partager. Terminer par un spectacle de David, c’était évidemment le clou de la journée, le moment de rire, de poésie, de temps suspendu, tant pour les enfants que pour les autres enfants, celles et ceux qui l’étaient depuis bien plus longtemps.
Et puis on avait un peu déchanté. L’annonce dans le petit journal communal avait été refusée. L’événement qui se voulait fondamentalement associatif avait été considéré comme politique par la majorité en place. On peut le comprendre. Dans l’association, il y en avait quelques-uns qui participaient aux élections. Il y en avait pourtant bien d’autres qui dans l’association ne voulaient pas entendre parler d’une telle participation. Soit, décision prise en haut lieu. Mais que les organisateurs n’apprennent cela qu’en feuilletant la petite gazette… Un peu petit et pas particulièrement sympathique pour une organisation qu’on pourrait considérer politique, mais qui est d’abord citoyenne et qui ne propose que de la qualité pendant toute une journée.
On avait un peu plus déchanté encore quand, la semaine qui précédait l’événement, on avait ressenti les températures et qu’on avait vu les gros nuages qui pleuraient sur les têtes et les parapluies. Et puis, un miracle ? Il a fait beau dimanche. Caillant pour ceux qui ont monté les tonnelles et installé le bar dès 7h du mat’. Mais le soleil a finalement rejoint l’événement. Et d’imaginer qu’un grand barbu avait intercédé en notre faveur auprès de l’Autre Grand Barbu Guy Bernard : « Dis, Patron, je sais qu’on n’a pas toujours été d’accord, toi et moi, mais j’ai des amis qui organisent un événement important en bas. Un événement qui pense du local au global. Là, je suis sûr que toi et moi, on est d’accord. Et donc… Tu pourrais pas t’arranger pour qu’il fasse beau pour que leur fête soit réussie » ?
L’Autre Grand Barbu : « Tu sais, mon petit bonhomme, si je devais écouter les doléances de tous ceux d’en haut qui ont des amis en bas et qui veulent leur faire plaisir, on ne s’en sortirait pas. Tu peux croiser les doigts pour qu’il fasse beau… Mais moi, je ne vais pas bouger d’un pouce ».
Guy avait alors sorti ses clés anglaises : « Si tu ne bouges pas, moi, je mets tous les panneaux du paradis la tête en bas ».
L’Autre Grand Barbu avait soufflé : « J’t’aime bien tu sais, toi. Je crois que t’as compris des choses que plein d’autres n’ont pas encore compris. Mais je crois aussi que j’aurais jamais dû accepter un mécréant comme toi dans mon paradis. Bon, je te promets. Il fera beau dimanche sur Walcourt. Mais tu touches pas à mes panneaux ».
Guy avait remballé les clés anglaises dans sa poche et, avec le sourire qu’on lui connait avait glissé : « Pas cette fois en tout cas … ».